Vais-je vomir après mon opération ? Le score d’Apfel, à remplir soi-même

Vomir au réveil est l’une des choses que les patients redoutent le plus, parfois plus que la douleur. Il existe depuis 1999 un score simple, à quatre questions, qui estime ce risque : le score d’Apfel. Il est utilisé dans le monde entier par les anesthésistes, et il est presque introuvable sous une forme qu’un patient puisse remplir lui-même.

La douleur après l’opération L’autre appréhension du réveil : la douleur. Ce que 50 000 patients opérés ont réellement déclaré, et comment la formuler pour être soulagé. Lire la page.

Répondez aux quatre questions. L’intérêt n’est pas le chiffre, c’est ce qu’il vous permet de demander à votre anesthésiste lors de la consultation.

Êtes-vous une femme ?

C’est le facteur le plus fort des quatre dans l’étude d’origine.




Êtes-vous non-fumeur ?

Oui, dans ce sens : ne pas fumer augmente le risque de vomir après une anesthésie. Ce n’est évidemment pas une raison de fumer.




Avez-vous déjà vomi après une anesthésie, ou êtes-vous sujet au mal des transports ?

L’un ou l’autre suffit. Le mal de mer, de voiture ou d’avion compte.




Recevrez-vous de la morphine ou un dérivé après l’opération ?

C’est le facteur le plus discuté, parce qu’on l’anticipe rarement avec certitude. Si vous ne savez pas, ne devinez pas : demandez le protocole prévu à votre anesthésiste, c’est exactement le genre de question à poser en consultation.




Répondez aux quatre questions pour voir le résultat. Tant qu’une réponse manque, aucun chiffre n’est affiché : un score partiel n’a aucun sens.

Nombre de facteurs Risque estimé Ce que cela veut dire concrètement
0 10 % Environ une personne sur dix dans votre situation.
1 21 % Environ une sur cinq.
2 39 % Près de deux sur cinq. C’est le cas le plus fréquent.
3 61 % Plus d’une personne sur deux.
4 79 % Près de quatre sur cinq. La prévention devient déterminante.

Chiffres issus de l’article de validation : « the incidences of PONV were 10%, 21%, 39%, 61% and 79% if zero, one, two, three or four of the mentioned risk factors were present, respectively ». Pierre S, Benais H, Pouymayou J. Apfel’s simplified score may favourably predict the risk of postoperative nausea and vomiting. Canadian Journal of Anesthesia, 2002;49(3):237-242. DOI

Un score bas n’est pas une raison de refuser la prévention. C’est le point le plus important de cette page, et il va à l’encontre de l’intuition. Les recommandations récentes préconisent une prévention large, y compris quand aucune évaluation du risque n’a été faite. La synthèse consensuelle publiée dans Der Anaesthesist le formule ainsi : « a liberal PONV prophylaxis is encouraged for adult patients and children, which should also be administered when no risk assessment is made », et ajoute que la base pour tout adulte devrait être une prévention par deux antiémétiques.

Ce que ce score ne dit pas, et que presque personne ne mentionne

Le score d’Apfel est le plus utilisé au monde pour ce risque. Une analyse australienne publiée en 2021 est allée voir comment ses quatre critères étaient réellement définis dans les études qui l’emploient. Le résultat est déconcertant : sur 255 études reprenant les quatre facteurs, le tabagisme n’était défini que dans 4 d’entre elles, le mal des transports dans une seule, et les antécédents de vomissements dans aucune.

Le quatrième facteur est le plus flou de tous. La morphine postopératoire était comptée comme « anticipée » dans 54 % des études et comme « réellement administrée » dans 28 %, et dans 18 % des études on ne pouvait pas déterminer laquelle des deux avait été retenue. Autrement dit, deux équipes peuvent calculer un score différent pour le même patient, et les deux ont raison au regard de la littérature.

Darvall J, Handscombe M, Maat B, So K, Suganthirakumar A, Leslie K. Interpretation of the four risk factors for postoperative nausea and vomiting in the Apfel simplified risk score: an analysis of published studies. Canadian Journal of Anesthesia, 2021;68(7):1057-1063. DOI

C’est la raison pour laquelle cette page affiche un ordre de grandeur, pas un pronostic. Un score de 3 ne signifie pas que vous avez 61 % de risque, il signifie que vous appartenez à un groupe où la prévention change vraiment quelque chose.

Ce que ce score vous permet de demander

C’est là qu’il devient utile. Lors de la consultation d’anesthésie, vous pouvez poser trois questions précises plutôt que dire « j’ai peur de vomir ».

  • Quelle prévention est prévue pour moi ? La synthèse consensuelle recommande deux antiémétiques de classes différentes en base chez l’adulte, et davantage si le risque est élevé.
  • Peut-on réduire mon risque de départ ? Les recommandations citent l’anesthésie locorégionale et les antalgiques non morphiniques dans une approche multimodale, qui font baisser le risque avant même de parler de médicament antiémétique.
  • Et si je vomis quand même ? La règle citée par la synthèse est d’utiliser alors un antiémétique d’une classe différente de celle reçue en prévention.

Kienbaum P, Schaefer MS, Weibel S, Schlesinger T, Meybohm P, Eberhart LH, Kranke P. Update on PONV: what is new in prophylaxis and treatment of postoperative nausea and vomiting? Der Anaesthesist, 2022;71(2):123-128, mis en ligne le 1er octobre 2021. DOI. Références retrouvées via PubMed.

Les limites, dites franchement

  • Le score a été construit et validé chez l’adulte. Chez l’enfant, les facteurs de risque ne sont pas les mêmes et ce calcul ne s’applique pas.
  • Il ne tient compte ni du type de chirurgie, ni de la durée de l’anesthésie, ni des agents utilisés, alors que la synthèse consensuelle les cite tous comme des facteurs de risque.
  • Il estime un risque de groupe. Il ne prédit pas ce qui va vous arriver à vous.

Les autres outils du site

Cette page ne remplace pas la consultation d’anesthésie. Elle met en forme un score publié et n’a aucune connaissance de votre dossier, de votre intervention ni des produits qui seront utilisés. Votre anesthésiste tient compte de bien plus d’éléments que ces quatre questions.

Si vous avez déjà très mal vécu un réveil, dites-le explicitement en consultation, même si votre score est bas : c’est une information qui change la prise en charge.