Personne ne peut vous dire à l’avance combien vous aurez mal, et une page qui prétend le faire vous rendrait un mauvais service. Ce qui aide vraiment, c’est autre chose : savoir ce que des patients opérés de la même chose ont réellement déclaré, et savoir dire sa douleur de façon que l’équipe puisse agir.
La chose la plus rassurante d’abord : si vous avez mal après une petite opération, c’est documenté
Une étude allemande a demandé à 50 523 patients, dans 105 hôpitaux, de noter leur pire douleur le lendemain de leur opération, sur une échelle de 0 à 10. Les 179 types d’intervention ont ensuite été comparés. Le résultat contredit ce que tout le monde imagine.
Parmi les vingt-cinq interventions les plus douloureuses figurent l’appendicectomie, l’ablation de la vésicule biliaire, la chirurgie des hémorroïdes et l’amygdalectomie, c’est-à-dire des opérations que l’on qualifie de mineures. À l’inverse, plusieurs grosses chirurgies de l’abdomen obtiennent des notes comparativement basses, souvent parce que l’analgésie péridurale y est efficace. Et sur les quarante interventions les plus douloureuses, vingt-deux sont des opérations orthopédiques ou traumatologiques des membres.
« Patients reported high pain scores after many « minor » surgical procedures, including appendectomy, cholecystectomy, hemorrhoidectomy, and tonsillectomy, which ranked among the 25 procedures with highest pain intensities. » Gerbershagen HJ, Aduckathil S, van Wijck AJM, Peelen LM, Kalkman CJ, Meissner W. Pain intensity on the first day after surgery: a prospective cohort study comparing 179 surgical procedures. Anesthesiology, 2013;118(4):934-944. DOI. Référence retrouvée via PubMed.
Autrement dit : avoir vraiment mal après une intervention réputée bénigne n’est ni anormal, ni exagéré, ni dans votre tête. Les auteurs en tirent d’ailleurs une conclusion adressée aux soignants, pas aux patients : les opérations dites mineures devraient être surveillées de plus près.
Le vrai problème n’est pas d’avoir mal, c’est de le dire trop tard
À l’hôpital, on vous demandera plusieurs fois « sur dix, vous êtes à combien ? ». C’est une question difficile, à laquelle beaucoup de gens répondent trop bas, par politesse, par crainte de déranger, ou parce qu’ils ne savent pas ce que le chiffre veut dire. Or c’est ce chiffre qui déclenche, ou non, un changement de traitement.
L’outil ci-dessous ne note rien et ne prédit rien. Il vous aide à formuler en une phrase ce que vous ressentez, avec les éléments dont l’équipe a besoin : l’intensité, ce que la douleur vous empêche de faire, son évolution, et l’effet du traitement en cours.
Ce que vous pouvez dire, tel quel :
J’ai mal, c’est gênant mais je le supporte.
J’ai mal et j’ai du mal à le supporter.
J’ai une douleur que je ne supporte pas.
Elle est présente même quand je ne bouge pas.
Elle m’empêche de bouger et de me lever.
Elle m’empêche de respirer à fond et de tousser.
Elle m’empêche de dormir.
Elle est stable depuis tout à l’heure.
Elle augmente depuis tout à l’heure.
Elle est apparue brutalement.
Le traitement me soulage un peu, mais pas assez.
Le traitement ne change rien.
Le traitement agit, mais l’effet s’épuise avant la dose suivante.
Choisissez vos réponses ci-dessus, la phrase se construit ici.
Dire que la douleur empêche de respirer à fond, de tousser ou de se lever est ce qui compte le plus : ce sont ces limitations qui exposent aux complications respiratoires et aux phlébites, et elles justifient une adaptation du traitement.
Certaines douleurs ne se négocient pas, elles se signalent tout de suite. Une douleur apparue brutalement, une douleur qui augmente franchement alors qu’elle diminuait, une douleur du mollet, une douleur thoracique, une gêne à respirer, ou une douleur accompagnée de fièvre, de rougeur, d’un gonflement ou d’un écoulement de la cicatrice : dans ces cas, on prévient l’équipe immédiatement, sans attendre le prochain passage et sans se demander si on dérange.
Pourquoi cette page ne vous donne pas de note prédite
Un simulateur qui annoncerait « vous serez à 4 sur 10 » serait facile à faire et mauvais pour vous. Deux personnes opérées de la même chose, le même jour, par le même chirurgien, ne ressentent pas la même douleur, et l’étude citée plus haut montre justement une dispersion importante à l’intérieur de chaque type d’intervention.
Le risque n’est pas théorique. Annoncer un chiffre bas à quelqu’un qui aura mal produit deux effets, tous les deux mauvais : il pense que quelque chose ne va pas alors que tout est normal, ou il se tait parce qu’il croit exagérer. C’est exactement ce qu’il faut éviter.
Ce qui est vrai et utile, en revanche, tient en trois points : la douleur après une opération est fréquente et attendue, elle est souvent plus forte qu’on ne l’imagine après les interventions réputées légères, et elle se traite d’autant mieux qu’on la signale tôt et précisément.
Ce à quoi vous avez droit, et qu’on n’ose pas demander
- Une réévaluation. Si le traitement ne suffit pas, le dire n’est pas se plaindre, c’est donner l’information qui permet de l’ajuster.
- Une explication. Demander quel antalgique vous recevez, à quelle fréquence, et ce qui est prévu si ça ne suffit pas.
- Ne pas attendre le pic. Un traitement pris quand la douleur est déjà installée agit moins bien que pris avant qu’elle ne remonte. C’est la raison d’être des prises à heure fixe les premiers jours.
Les autres outils du site
- Le score d’Apfel, pour l’autre appréhension du réveil : les nausées et les vomissements.
- Le test d’anxiété préopératoire APAIS, avant l’intervention.
Cette page ne remplace pas l’avis de l’équipe qui vous soigne. Elle ne mesure rien, ne diagnostique rien et ne connaît pas votre dossier. Elle vous aide seulement à formuler ce que vous ressentez.
Si vous hésitez à appeler, appelez. Une équipe préfère cent fois un appel pour rien qu’une complication signalée trop tard.


